Géographie

Au cœur des Vosges et de l’Europe (J-Cl Gall)

Le Mont Sainte-Odile, un haut lieu de la géologie

Le pèlerin découvrant les escarpements rocheux et les amoncellements insolites de blocs de grès qui parsèment le plateau du Mont Sainte-Odile, sait-il qu’ils sont les témoins muets d’une histoire qui se décline en millions d’années ? 

L’énorme accumulation de grès roses que les géologues qualifient de Buntsandstein ou Grès bigarrés, correspond en réalité à des sables indurés issus de l’érosion d’une antique chaine de montagnes, vieille de plus de 300 millions d’années, la chaine hercynienne, aujourd’hui totalement arasée. Le démantèlement de ses reliefs a livré un volume considérable de sables, de graviers, de galets, acheminés puis déposés, banc après banc, par des cours d’eau sur une vaste plaine alluviale qui s’étendait sur une grande partie de l’Europe. Ces anciennes alluvions se trouvent à l’origine des grès grossiers truffés de galets blancs ou gris, « le poudingue de SainteOdile », des roches jadis appréciées par les bâtisseurs du mur païen. En raison d’une porosité élevée, les grès furent traversés par des solutions d’eaux souterraines qui provoquèrent leur coloration rose et donnèrent naissance à des concrétions à l’origine des cupules qui intriguent tant les promeneurs.

Ceci s’est passé il y a près de 250 millions d’années.

Bien plus tard, il y a quelques dizaines de millions d’années, les tensions libérées par l’effondrement du fossé rhénan entrainèrent une intense fracturation des grès. Celle-ci est bien apparente au niveau du Chemin de Croix. Elle donna naissance à une mosaïque de compartiments, d’extension variée, à l’instar de celui qui supporte le monastère et domine la plaine d’Alsace.

Parcourir les sentiers du Mont Sainte-Odile est une invitation à lire dans ce qui est, ce qui a été, et à redécouvrir l’épaisseur des temps géologiques. (J-C G)