Mont Saint-Odile

Les premiers siècles

On ne sait pas grand-chose de Hohenbourg pendant les quatre premiers siècles de son existence : pillages et incendies, incroyablement nombreux, ont fait disparaître les documents qui auraient pu nous renseigner. Ce qui est certain, c’est que le pèlerinage au tombeau d’Odile a commencé très tôt et que sa réputation s’est vite étendue très loin, comme l’atteste le moine Uffing de Werde, dans la Ruhr, dès le Xe siècle.

Il faut noter que les religieuses de Hohenbourg ne sont pas des moniales, mais des chanoinesses, suivant une règle inspirée de saint Augustin.

On sait que l’abbaye a bénéficié de la bienveillance de Bruno d’Eguisheim, évêque de Toul, qui y est même venu alors qu’il était déjà pape sous le nom de Léon IX. C’est dans un acte émanant de lui que figure pour la première fois, en 1050, le nom de « Mur Païen », ce qui signifiait alors « mur très ancien ».

Au début du XIIe siècle, dans la lutte entre l’empereur Lothaire de Supplinburg et les Staufen, ducs de Souabe et d’Alsace, l’un de ceux-ci, Frédéric le Borgne, incendie l’abbaye et s’empare de ses biens. (M-Th F)

Le temps de l’abbesse Herrade

Le fils de Frédéric le Borgne, Frédéric Barberousse, est élu empereur en 1152. Il veut relever ce que son père a détruit et rend à Hohenbourg presque tout ce dont l’abbaye a été spoliée. Comme la discipline canoniale s’était relâchée, Barberousse envoie une abbesse qui aura pour mission de restaurer la règle dans sa rigueur, Relindis. Elle est secondée par une coadjutrice de valeur qui lui succédera, Herrade qui, contrairement à ce qu’on répète depuis la Renaissance, ne s’appelait pas « de Landsberg ».

St. Gallen, Stiftsbibliothek, Cod. Sang. 577

St. Gallen, Stiftsbibliothek, Cod. Sang. 577

Cette dernière doit sa notoriété à l’Hortus Deliciarum, un florilège de 1165 textes théologiques évoquant, pour l’essentiel, l’histoire du salut, de la Création au Jugement Dernier. Seuls quelques poèmes sont de Herrade. Mais rassembler des extraits aussi nombreux d’ouvrages, dont certains remontent à l’Antiquité et d’autres lui sont contemporains, a dû représenter un travail colossal. Néanmoins, ce qui a surtout fait la célébrité de l’Hortus Deliciarum, ce sont ses magnifiques illustrations, dont il ne reste malheureusement que des copies, très souvent juste au trait, car le précieux manuscrit a été anéanti dans le bombardement de Strasbourg en août 1870.

Herrade, soucieuse de la vie spirituelle des chanoinesses, a établi un contrat en 1178 avec l’abbé Warnier d’Etival pour qu’il mette à sa disposition deux de ses religieux pour assurer des fonctions sacerdotales auprès de sa communauté. Il s’agissait de chanoines prémontrés, membres d’un ordre fondé un demi-siècle plus tôt. En contrepartie, elle offrait à Etival un domaine appelé Saint-Gorgon au flanc de la montagne.

En 1180, Herrade fonde le prieuré de Truttenhausen où viennent des chanoines augustins de Marbach, qui alterneront avec les Prémontrés dans le service liturgique et accueilleront les pèlerins dans leur hospice. (M-Th F)

Les princesses-abbesses

Au XIIIe siècle, l’abbesse de Hohenbourg commence à porter le titre de « princesse d’Empire ». Cela lui donne le droit, entre autres, de siéger à la Diète impériale.

En 1354, l’abbaye reçoit la visite de l’empereur Charles IV qui veut emporter une relique de sainte Odile pour sa cathédrale de Prague. Or ce qui a l’air d’être le couvercle du sarcophage fait corps avec lui et on ne peut pas ouvrir la sépulture sans la casser. L’empereur fait découper un trou dans la paroi et retire l’avant-bras droit, qui se trouve encore aujourd’hui à Prague.

Malheureusement, Hohenbourg continue d’être victime d’incendies et de pillages. La reconstruction met à mal les finances de l’abbaye. La discipline baisse également.

En 1546, un incendie accidentel ravage tous les bâtiments, à l’exception de la chapelle de la Croix et de la chapelle du tombeau. L’abbesse Agnès d’Oberkirch remet Hohenbourg, ainsi que les biens qui en dépendent, à l’évêque de Strasbourg. C’est la fin de la communauté de chanoinesses.

Un Prémontré revient camper dans les ruines pour que les pèlerins de sainte Odile ne restent pas sans accueil spirituel. Pendant presque cinquante ans, le site restera dévasté. (M-Th F)

Le spectre de la guerre au XVIIe siècle.

Le religieux qui est revenu à Hohenbourg après le désastre de mars 1546 est bientôt rejoint par un autre, avec l’accord de l’abbé d’Etival. Seulement, ce sont des chanoines lorrains, francophones, et ils ont besoin de l’aide d’un confesseur parlant allemand pour répondre à la demande des pèlerins non seulement alsaciens, mais aussi badois, wurtembergeois, suisses, ou venant de plus loin encore, qui ne cessent d’affluer.

À cette époque et depuis 1529, le culte catholique est interdit à Strasbourg. Le Grand Chapitre de la cathédrale s’est scindé en deux clans, celui des catholiques et celui des protestants, qui s’affrontent à partir de 1592 pour l’élection d’un nouvel évêque. C’est une véritable guerre qui éclate entre l’élu des premiers, le cardinal Charles de Lorraine, et celui des seconds, Jean-Georges de Brandebourg. Ce dernier finit par se retirer et on signe la Paix de Haguenau en 1604.

Dès 1605, le Cardinal de Lorraine et surtout son coadjuteur, Léopold de Habsbourg, se mettent en devoir de relever Hohenbourg et d’en faire le haut-lieu catholique de l’Alsace. N’étant pas prêtre, Ledit coadjuteur portera, à la mort du cardinal en 1607, non pas le titre d’évêque, mais celui d’« administrateur ». Son « évêque auxiliaire », Adam Peetz, se dévoue corps et âme pour le Mont Sainte-Odile. En 1617, année du centenaire de Luther, Léopold fait reconstruire la « Chapelle Pendante » qui devient dès lors la « chapelle des Anges », dont le décor doit manifester le lien entre sainte Odile et les Habsbourg, défenseurs du catholicisme.

L’année suivante, c’est la Guerre de Trente Ans. En 1621, les soudards du condottiere Mansfeld ravagent Hohenbourg, ses sanctuaires tout neufs, le logis des prêtres et même la métairie voisine. L’Evêché entame la reconstruction très rapidement.

Il faut imaginer les pèlerins, toujours nombreux, venant alors faire leurs dévotions au milieu du chantier !

En 1632, c’est la panique. Strasbourg a ouvert le Pont de Kehl aux Suédois, qui se répandent sur l’Alsace avec une rapidité foudroyante. Leurs méfaits resteront longtemps gravés dans les mémoires de nos campagnes. Ils ne détruisent rien au Mont Sainte-Odile, mais les deux Prémontrés, dont la vie est en danger, s’enfuient à Etival où ils mourront de la peste. L’absence de prêtres et le danger de la soldatesque ne rebuteront pas les pèlerins, qui continueront de venir se recueillir au tombeau de sainte Odile. De temps en temps, Jeremias Geeb, le curé d’Ottrott, y montera parfois pour dire une messe. Hohenbourg et les biens qui s’y rattachent deviennent propriété d’un capitaine suédois.

En 1648, les Traités de Westphalie marquent la fin de la guerre, mais pas celle du danger, car des bandes armées continuent de traîner dans la région. Une partie de l’Alsace a été cédée au roi de France. Le Mont Sainte-Odile, lui, reste terre d’Empire comme tout ce qui appartient à l’Evêché. Les bâtiments, à l’abandon depuis seize ans, sont en mauvais état. À nouveau, il faut restaurer ! (M-Th F)

à venir… > l’Hortus Deliciarum

Les Prémontrés : Le Mont Sainte-Odile après la Guerre de Trente Ans.

À un moment où la Guerre de Trente Ans n’avait pas encore touché la Lorraine, en 1629, l’abbaye d’Etival est entrée dans la Communauté de l’Antique Rigueur, une branche de l’Ordre de Prémontré toute récente, qui veut revenir vers les principes d’austérité du fondateur, saint Norbert. Par exemple, l’abstinence de viande est absolue toute l’année. L’Antique Rigueur s’est surtout répandue en Lorraine, où elle est née, en Normandie et en Picardie.

Ordinairement, dans les ordres religieux où on fait « vœu de stabilité », cela signifie qu’on va passer toute sa vie dans la même abbaye, sauf exception. Dans l’Antique Rigueur, la « stabilité » se conçoit à l’intérieur de la Communauté (qu’on peut voir comme une congrégation) et, par conséquent, les chanoines peuvent être déplacés d’une abbaye ou d’un prieuré à l’autre, selon les décisions d’un Chapitre annuel. C’est pourquoi la « maison de Sainte-Odile », comme on dit alors, comptera des religieux non seulement lorrains, mais aussi normands, picards et autres. Peu d’Alsaciens, en fait !

Le premier Prémontré qu’on voit au Mont Sainte-Odile après la guerre, est Antoine Doridant, en 1649. Désormais, on y verra des « chanoines blancs », comme on les surnomme, jusqu’à la Révolution. D’abord seulement tolérés par la Chambre des Comptes épiscopale qui trouve qu’ils lui coûtent cher, étant donné qu’elle doit toujours entretenir un confesseur germanophone pour les compléter, ils finissent par obtenir en 1654 un contrat qui définit leurs droits et devoirs. En 1661, les Supérieurs Majeurs de l’Antique Rigueur érigent la Maison de Sainte-Odile en « résidence », c’est-à-dire en prieuré indépendant d’Etival. Mais les chanoines blancs demeurent simples usufruitiers et non propriétaires du lieu. C’est l’époque où on rencontre celui qui est sans doute le premier Prémontré alsacien du Mont Sainte-Odile, François Scharpff, de Sélestat.

En octobre 1674, pendant la Guerre de Hollande qui, en dépit de son nom, a des retombées sur l’Alsace, va se livrer la fameuse bataille d’Entzheim. Quelques jours plus tôt, des soudards traînent dans les parages et une bande armée envahit la Maison de Sainte-Odile, brise les vitraux pour en récupérer le plomb, se livre au pillage et torture le prieur Servais Moraux dans l’espoir qu’il leur révèle une cache au trésor. Les malandrins sont dispersés par des paysans appelés à la rescousse. En fonction du contrat de 1654, les Prémontrés doivent assumer la réparation des dégâts.

La catastrophe absolue se produit le 7 mai 1681 : la sécheresse règne depuis des semaines et un feu jaillit dans les bois du côté de Saint-Gorgon. Attisé et poussé à une vitesse hallucinante par un vent particulièrement violent ce jour-là. Il embrasse non seulement des dizaines hectares de forêt, mais aussi tout le sommet. Les Prémontrés lui échappent de justesse, tandis que le métayer proche du couvent n’a même pas le temps de sauver ses vaches. La chapelle du tombeau et la chapelle de la Croix, encore une fois, sont rescapées.

Les Prémontrés doivent tout reconstruire. C’est à eux que nous devons l’église – où une partie des murs médiévaux a été conservée grâce à des arcs-boutants -, achevée en 1692, et le couvent bâti progressivement à partir de 1684. Pour cela, les religieux sont partis quêter des offrandes : l’un en Suisse, l’autre jusqu’à Cologne, un autre à travers l’Alsace… Des amis et des dévots de sainte Odile ont également contribué aux dépenses, en particulier Guillaume-Egon de Furstenberg, futur évêque de Strasbourg.

Notons que l’Evêché, justement, fait partie du royaume de France depuis 1680. Et, avec lui, le Mont Sainte-Odile. Cela ne manque pas de poser des problèmes, d’ailleurs, à cause des chanoines lorrains qui s’y trouvent : la Lorraine, elle, n’est pas encore française et Louis XIV n’aime pas voir en Alsace des religieux « étrangers ». (M-Th F)

Le grand siècle du prieuré.

Le XVIIIe siècle est une période de véritable rayonnement du Mont Sainte-Odile. On repère des pèlerins venus même du nord du Saint-Empire, qui se mêlent aux Alsaciens avec ceux de la vallée du Rhin, de Suisse, de Franche-Comté, de Lorraine. Au milieu des gens modestes, on voit souvent des personnages de la noblesse française ou germanique, ainsi que des membres du haut clergé qui prient au tombeau de sainte Odile et reçoivent les sacrements de pénitence et d’eucharistie.

Ceux qui ne peuvent se déplacer jusqu’au Mont envoient des dons et des ex-voto. Marie Leszczynska, épouse de Louis XV, demande une neuvaine à sainte Odile. Elle a travaillé de ses mains à des ornements liturgiques que sa grand-mère offre aux Prémontrés et sa mère, Catherine Opalinska, fait porter à la sainte des yeux en or.

Les Prémontrés se dépensent pour une pastorale qui prend en compte la religiosité populaire, mais vise à cultiver dans l’esprit des fidèles une foi plus profonde, une approche sincère des sacrements et la pratique de la charité fraternelle.

De nouveaux bâtiments s’élèvent sur le rocher. Le cloître est complété en 1702. Le prieur Hugues Peltre adjoint une sacristie à la chapelle de la Croix en 1708. L ’hôtellerie, dont le porche donne encore aujourd’hui accès à la cour des Tilleuls, est construite entre 1734 et 1738. On veille aussi au mobilier et au décor des sanctuaires. Hugues Peltre fait placer dans la nef de l’église quatre superbes confessionnaux sculptés en 1700 et boiser le chœur en 1708. Dans les années 1780, on refait le dallage de marbre du chœur, que ferme une grille bleu ciel et or.

Le plus grand prieur de cette époque est Dionysius Albrecht, un Prémontré de Bohême, mystique, ascète, mais plein de charité, qui n’est pas pour autant dépourvu de sens pratique. Il arrive au Mont Sainte-Odile en 1734 comme sous-prieur, succède à Réginald Vaultrot en 1737 et quitte l’Alsace en 1756. Il meurt l’année suivante à Pont-à-Mousson, âgé de 79 ans. C’est lui qui a composé le premier vrai « livre du pèlerin » du Mont et fondé la première confrérie de sainte Odile. Par lui, le culte de la sainte de Hohenbourg s’est répandu dans tout l’Ordre de Prémontré. Il a élaboré un gros livre sur la vie de sainte Odile et l’histoire du couvent, « History von Hohenburg » et des ouvrages de spiritualité norbertine. Il a ajouté deux confessionnaux à ceux de Hugues Peltre, on les voit encore tous les six. Il a reconstruit une chapelle à Saint-Gorgon et racheté au Grand Chapitre la métairie de Niedermunster.

Assurément, on ne compte pas que des personnes dévotes au Mont Sainte-Odile à cette époque. On y vient aussi en touriste, pour découvrir le panorama, pour jouir de l’air pur (comme la baronne d’Oberkirch), pour visiter les antiquités de la montagne, Mur Païen et châteaux. Le visiteur le plus célèbre reste sans doute le poète Goethe. Quant au facteur d’orgue Silbermann, il devient un ami de la maison.

Le Mont Sainte-Odile et le chanoine Rumpler

Par le décret du 2 novembre 1789, le Mont Sainte-Odile et ses dépendances deviennent biens nationaux. Les Prémontrés quitteront les lieux le 31 août ou le 1er septembre 1791, bien que les communes environnantes aient pétitionné pour qu’ils restent. Même sans prêtres, le pèlerinage ne cessera pas. Un des religieux, Frédéric Dickès, caché dans les parages, exercera clandestinement son ministère au moins jusqu’en 1797.

Seuls les métairies, des biens agricoles et certaines parcelles forestières sont mis en vente. Le couvent et le sanctuaire restent propriété de la Nation. Entre 1793 et 1795 se produisent deux actes de vandalisme. L’un d’eux est attribué à David Stamm de Barr : le martelage de toutes les figures couronnées de la stèle historiée romane et la destruction de la plaque qui ornait la façade du monument dressé sur le sarcophage de sainte Odile et qui représentait la visite de Charles IV. L’autre, en 1794, est commis par Georges Lehn, de Rosheim : l’effraction du tombeau, du côté de la tête. À cette occasion, on aurait constaté l’absence des reliques, mais elles étaient encore dans le sarcophage en 1795.

On raconte volontiers qu’elles ont été sauvées clandestinement pendant la Terreur par le chanoine Rumpler. En aucune façon. Cet ecclésiastique célèbre pour son excentricité est devenu officiellement locataire du couvent et s’y rend ouvertement, accompagné, entre autres, par le maire d’Ottrott, le 23 avril 1795. C’est ce jour-là qu’il retire les reliques du sarcophage et, avec ses compagnons, les porte à Ottrott, dûment enveloppées. Là, elles sont d’abord enfermées dans la sacristie de l’église. En 1798, elles sont, à son insu et avec l’autorisation du Vicaire Général, murées dans une maison du village. En effet, on se méfie de Rumpler dont les intentions ne sont pas claires. Entre-temps, en septembre 1796, le chanoine a acheté le couvent, devenu en quelque sorte sa résidence secondaire.

Croyant pouvoir récupérer les reliques en 1799, il fait graver cette date sur la plaque médiévale qui fermait alors le devant du tombeau et se voit encore de nos jours dans la chapelle. Mais il n’y sera autorisé qu’en 1800. À sa mort, en 1806, le couvent passera à son neveu, Michel Laquiante.

La grande translation (1841)

La famille Laquiante ne garde pas le couvent et, pendant presque un demi-siècle, les propriétaires se succèdent. Le pèlerinage ne s’interrompt pas pour autant.

L’événement le plus remarquable de cette période est la translation de 1841. Depuis 1837, le site appartient à trois prêtres, les frères Bailliard. Ils ont précédemment acheté l‘église et le couvent de Sion pour redonner du lustre à ce pèlerinage lorrain. S’ils ont également acquis le Mont Sainte-Odile, c’est avec l’espoir que les offrandes des pèlerins seront assez importantes pour leur permettre d’en consacrer une bonne partie à Sion.

Les pèlerins du Mont Sainte-Odile, Gustave Brion, 1863, Musée Unterlinden, Colmar.

À ce moment, les reliques ne sont pas dans le sarcophage : elles ont souffert de l’humidité et on les a mises au sec dans une pièce à l’étage du couvent. Cela n’empêche pas les pèlerins, qui l’ignorent probablement, de prier en grand nombre dans la chapelle. Les frères Bailliard décident de redescendre les reliques et font confectionner une châsse de bois vitrée où on voit un mannequin représentant Odile gisant, avec une tunique blanche et un manteau violet, la crosse en main. Les Bailliard déposent les reliques sous ce mannequin.

Le 7 juillet 1841, au milieu d’un énorme concours de peuple, la châsse est portée en procession autour du couvent avant de trouver place dans la chapelle de la Croix. Quelques jours plus tard, Mgr Raess décide que le 7 juillet sera désormais fêté avec octave. C’est l’origine de la « Sainte-Odile d’été ».

Malheureusement, les frères Bailliard ne brillent pas par le sens pratique. Ils ont si mal organisé l’accueil des pèlerins au niveau des repas et du couchage que cela déclenche un scandale. Pendant les années qui suivent, ils accumulent les dettes et commettent des maladresses telles que Mgr Raess jette l’interdit sur le Mont Sainte-Odile, c’est-à-dire qu’on n’a plus le droit d’y célébrer la messe ni de confesser.

Les trois prêtres revendent le Mont. Ils finiront par adhérer à une sorte de secte si bizarre qu’ils encourront les foudres de l’évêque de Nancy et devront quitter aussi Sion.

Le rachat du Mont Sainte-Odile (1853)

Depuis le début du XIXe siècle, le Mont Sainte-Odile passe d’un propriétaire à l’autre. Dès 1838, un prêtre, l’Abbé Kuhn, exprime dans un de ses ouvrages l’idée que le site devrait redevenir épiscopal pour le bien du pèlerinage, mais il rencontre peu d’écho.

En 1849, lorsque les frères Bailliard mettent en vente le couvent et les sanctuaires, l’Abbé Kuhn et un de ses amis, Louis Hugo, archiviste de la ville de Colmar, envisagent une sorte de quête diocésaine pour acheter l’ensemble. Louis Hugo va soumettre l’idée à Mgr Raess, qui se montre intéressé, mais des obstacles juridiques font avorter le projet.

Enfin, en 1852, un groupe de notables crée le Comité de l’œuvre Sainte-Odile en vue du rachat. Mgr Raess, favorable, envoie son Vicaire Général, le chanoine Schir, les rejoindre. C’est ainsi que, la même année, est lancée une vaste collecte à travers toute l’Alsace. Des personnes des départements voisins y contribueront également.

Même si la somme entière demandée par le propriétaire n’est pas entièrement réunie, la vente a lieu le 16 août 1853. Désormais, et jusqu’à nos jours, le Mont Sainte-Odile est à nouveau propriété du l’Evêché.

Malheureusement, les bâtiments sont en très mauvais état. Par exemple, la Chapelle des Larmes est complètement effondrée et il faudra en construire une autre à la même place. Le chanoine Schir organise des travaux d’envergure. Pour le service des pèlerins et des hôtes, ainsi que pour l’entretien des lieux, il fait appel à des religieuses de la Congrégation de la Miséricorde de Reinacker, des Tertiaires franciscaines. Leur supérieure, Ottilia Mengus, en religion Mère Odile, devient peu à peu célèbre sous le sobriquet de « Frau Mutter ». On lui permet de rester sur place quand Mgr Stumpf, successeur de Mgr Raess, remplace les Sœurs de Reinacker par des Sœurs de la Croix en 1889. Elle mourra au Mont Sainte-Odile en 1894, âgée de 87 ans.

> Sainte Odile, patronne de l’Alsace