Vita Odiliæ

Le plus ancien récit de la vie de sainte Odile date du début du Xe siècle et est conservé à la bibliothèque de Saint-Gall, en Suisse.

Il nous présente d’abord « Etih », c’est-à-dire Adalric, duc d’Alsace sous le souverain mérovingien Childéric. « Désireux de mener la vie religieuse dans l’état laïc », il cherche un lieu à l’écart où il puisse construire une église et les bâtiments nécessaires à son projet. Il réalise celui-ci sur un sommet que lui ont signalé des chasseurs et qu’on appelle « Hohenburc » parce qu’on y voit des vestiges de remparts (on a reconnu là ce qui sera appelé beaucoup plus tard le « Mur Païen »).

La femme d’Adalric, Persinda – que la tradition appelle plutôt Béreswinde –, semble frappée de stérilité. Or, après avoir ardemment prié, donne enfin au duc un enfant mais, catastrophe ! c’est une fillette aveugle. Refusant la honte d’avoir une fille infirme, il ordonne qu’on la tue ou qu’on l’envoie là où il ne la verra jamais.

La malheureuse mère se souvient alors d’une servante qu’on a renvoyée naguère et qui, mariée, est devenue mère de famille. Elle lui confie l’enfant, qui sera élevée au village.

Les voisins de la nourrice se posent des questions sur la petite aveugle. Il faut lui trouver un abri plus sûr. La duchesse charge la nourrice de la porter au monastère de Palma que dirige une amie. C’est pendant son séjour là-bas qu’un évêque bavarois, Erhard de Ratisbonne, reçoit une monition céleste : il doit se rendre à Palma où il trouvera une jeune aveugle qui n’a pas encore été baptisée. Il obéit, baptise Odile et voici que les yeux de la jeune fille s’ouvrent à la lumière sous l’onction du Saint-Chrême !

Adalric est mystérieusement averti du miracle. En plus, on vient l’en informer. Mais que la nouvelle lui vienne de Dieu ou des hommes, l’orgueilleux duc s’enferme dans son refus de voir Odile.

Celle-ci a l’idée de prendre contact avec l’un de ses frères et lui envoie par un pèlerin un billet caché dans un peloton d’écarlate. Le frère plaide la cause d’Odile chez Adalric, qui refuse encore. Le jeune homme décide alors de faire venir sa sœur sans permission.

Odile arrive à Hohenbourg. Adalric, fou de rage en découvrant la vérité, frappe à mort le fils désobéissant. Tout de suite, il est assailli de terribles remords.

Le duc se débarrasse de la présence d’Odile en la confiant à des religieuses britanniques qu’il a accueillies à Hohenbourg en lui attribuant pour son entretien la même portion qu’à une servante.

Voici que le narrateur interrompt le récit en évoquant la mort de la nourrice, qu’Odile a soignée avec dévouement. Beaucoup plus tard, en ouvrant sa tombe, on constatera que le corps, évidemment, est tombé en poussière mais, ô miracle ! le sein qui a nourri Odile sera trouvé intact !

Nous retrouvons Adalric rencontrant Odile qui porte un pot de farine pour secourir une pauvre malade. Il s’attendrit et reconnaît son tort à l’égard de sa fille. Il lui offre Hohenbourg.

Après la mort du duc, Odile a une vision qui le lui montre dans l’au-delà, tourmenté par les flammes. À force de prières et de larmes, elle l’arrache au lieu des douleurs et le voit, cette fois, porté au ciel.

Hohenbourg est maintenant une abbaye de cent trente moniales. L’abbesse Odile mène une vie de pénitence, dormant sur une peau d’ours avec une pierre pour oreiller, et ne mangeant que du pain d’orge et des légumes.

Pour pouvoir mieux accueillir les pauvres et les malades, elle fonde Niedermunster, « le monastère d’en bas ». Pendant la construction, un inconnu remet à Odile trois branches de tilleul, considérées par les sœurs comme maléfiques. Mais Odile les plante au nom de la Trinité et elles prennent racine. Des siècles plus tard, on verra encore les arbres qui en sont issus.

Réunies en chapitre, les sœurs de Hohenbourg délibèrent pour choisir entre la règle canoniale et la règle monastique. Elles optent d’abord pour cette dernière, plus austère, mais la sagesse d’Odile les fait changer d’avis.. Elles formeront donc une communauté de chanoinesses.

Une nuit, saint Jean-Baptiste apparaît à Odile pour lui demander de construire une chapelle dont il indique lui-même les mesures. Le chantier bat son plein lorsqu’un attelage de bœufs qui menaient une voiture de matériaux tombe dans le précipice… et se relève indemne.

Le duc Adalbert, frère d’Odile et successeur d’Adalric, a trois filles : Eugénie, Gundelinde et Attale. Les deux premières succéderont à Odile comme abbesses respectivement à Hohenbourg et à Niedermunster, tandis que la troisième devient abbesse de Saint-Étienne à Strasbourg, couvent fondé par son père.

Or Adalbert est assassiné. Pour que le meurtrier ait moins à expier son crime dans l’au-delà, les religieuses prient le Ciel pour qu’il soit puni en ce monde. Les descendants de l’assassin resteront marqués : ils seront tous roux.

Un jour, à la prière d’Odile, un tonneau vide se retrouve plein de vin, alors qu’on ne savait plus où en trouver pour l’hospice.

Enfin, Odile, qui vit ses dernières heures, se fait porter dans la chapelle Saint Jean-Baptiste, où elle rend l’âme tandis que la communauté est à l’office. Horrifiées parce qu’elle n’a pas reçu les derniers sacrements, les sœurs supplient le Ciel de ranimer Odile, qui ouvre effectivement les yeux en reprochant doucement aux religieuses de l’avoir arrachée à la céleste compagnie de Ste Lucie. Elle se communie elle-même et meurt, cette fois définitivement. (synthèse de la Vita par M-Th F)

À venir > l’abbaye au temps de Relinde et Herrade