Niedermunster

Ruines de l’église abbatiale

Selon la « Vita » de la sainte, après la mort du duc Adalric, Odile envisage de créer un hospice au bas de la montagne, pour épargner aux malades et aux infirmes les difficultés de la montée à Hohenbourg. Approuvée par sa communauté, elle construit d’abord une église sous le vocable de saint Martin, puis une maison d’accueil et un couvent. Sur le chantier, un jeune homme s’approche d’elle et lui offre trois branches de tilleul en lui recommandant de les planter pour qu’elles deviennent des arbres. Malgré les récriminations des sœurs, elle suit le conseil, en plantant chaque arbre au nom d’une Personne de la Trinité. Les branches prennent racine.

Traditionnellement, on admet que, après la mort de la fondatrice, le « monastère du bas » a sa propre abbesse, une des nièces d’Odile, Gundelinde, tandis que celui du haut est dirigé par la sœur de celle-ci, Eugénie.

Il faut attendre 1016 pour trouver une mention certaine de Niedermunster, dans une charte de l’empereur Henri II accordant à la communauté le droit d’élire librement son abbesse et de choisir son voué. Mais, comme les abbayes se sont appelées toutes deux « Hohenbourg » sur de nombreux documents, des confusions se produisent, entraînant des conflits. De part et d’autre, on recourra à la fabrication de faux, comme le prétendu testament de sainte Odile, par exemple.

En 1180, sous l’abbesse Edelinde, un incendie ravage Niedermunster. L’abbaye reconstruite est consacrée par le cardinal-légat de Mantoue. Les vestiges qui subsistent datent pour l’essentiel de cette époque.

Chapelle St Nicolas, jadis au cœur de l’hospice

La communauté est formée de chanoinesses nobles. Des chanoines font partie du chapitre, mais ce sont d’autres prêtres qui exercent les fonctions liturgiques pour les employés de l’abbaye et les hôtes de l’hospice dans la chapelle Saint-Nicolas. Celle-ci présente une particularité : deux chœurs superposés. Elle comportait des fonts baptismaux et plusieurs autels. L’un d’eux était consacré à saint Oswald.

Si le vocable de saint Martin attribué à l’église par la « Vita » nous renvoie fort justement à l’époque mérovingienne, celui de saint Nicolas correspond à la destination du site. En effet, le saint évêque était considéré comme le patron des voyageurs et des pèlerins, donc de gens qu’on accueillait à l’hospice.

Reproduction de la croix reliquaire de Niedermunster

Les pèlerins, d’ailleurs, se pressaient en foule à Niedermunster pour vénérer la Sainte Croix, contenant des reliques précieuses, dont le Saint Prépuce. Une pittoresque légende racontait son arrivée sur le dos d’un chameau qui avait achevé son long périple devant les portes de l’abbaye. Les chevaliers qui l’avaient accompagné avaient fondé ensuite, à proximité, un ermitage Saint-Jacques.

Niedermunster subit des dommages au fil du temps : l’incursion des « Anglais » au XIVe siècle, la Guerre des Paysans en 1525… En 1540, un incendie accidentel cause la fin de l’abbaye. En 1543, l’évêque donne Niedermunster et ses propriétés au Grand Chapitre. On abandonne l’idée de reconstruire quand la foudre tombe sur le clocher en 1572.

Et les vaches de la métairie de Niedermunster brouteront pendant des siècles parmi les ruines de l’abbaye.